« Au départ, j’étais malade. J’ai eu un cancer du sein puis une leucémie myéloblastique. J’ai été greffée, et tout. À cette époque, j’avais plein d’examens à faire et personne autour de moi. Moi, j’avais besoin de soutien. Je me suis demandé dans ma tête, toute seule : « Est-ce que mes enfants seraient mieux sans moi ? » Je me suis dit : « Oui. Ils seront peut-être mieux, à ne pas vivre cette maladie. » J’étais sans mes enfants à Noël, j’ai trois filles. Avec mon ex-mari, c’était compliqué, il était alcoolique. Pour lui, c’était difficile d’assumer la maladie. Il fallait que je lui dise que c’était fini. Je ne voulais pas lui faire de mal. Donc, c’est pour ça que j’ai fait une TS. Je pensais qu’avec l’alcool et les médicaments… Je voulais sans vouloir. Je voulais pas avoir mal. Je voulais partir en m’endormant, pour dormir, pas penser. Ce n’était pas élaboré. Je voulais m’endormir, pour m’endormir, pour plus penser, arrêter de faire souffrir les autres et pas souffrir moi-même. Réellement m’éliminer, je ne sais pas. J‘étais chez moi, dans mon lit, avec une bouteille de Pastis. J’ai horreur de l’alcool. Avec beaucoup de menthe, ça allait, et de l’Efferalgan. J’ai appelé une copine, je lui ai dit : « J’ai fait une bêtise. » J’avais peur d’avoir fait ça. Elle a paniqué et appelé les pompiers. Elle m’a dit : « Va ouvrir la porte, sinon les pompiers vont la casser. » Je ne sais pas comment j’ai fait pour aller jusqu’à la porte, l’ouvrir. Je me rappelle m’être réveillée dans un brancard à l’hôpital. Une porte en fer et on referme la porte à clef derrière. C’était horrible. J’avais l’impression d’être dans un asile. J’ai paniqué. Je me suis dit : « J’ai fait une TS, ils vont m’interner. » Tout s’est effondré. J’ai dit : « Stop, j’ai besoin d’aide, je sombre. J’ai trois enfants tout petits, il faut que je me sauve. » Je voulais voir un psychiatre, pas un psychologue, un docteur. Il m’a mis sur les rails. Je l’avais trouvé sur le bottin. Il fallait qu’il soit à côté de chez moi. Il ne parlait pas. Il était incroyable. Il y avait plein de chaises dans son bureau. Il me disait : « Choisissez votre chaise. » Ma première chaise était comme un oeuf. Enfoncée dedans, j’étais bien, j’ai commencé à déballer mon histoire. Il disait que des mots clefs. Dans ma tête, ça faisait des déclics. Il disait juste un mot et paf, tout le puzzle se remettait en place. C’était incroyable ».

Extrait de « Kilomètre 25 746 » de Margot Morgiève, chercheuse en sciences humaines et sociales.