La schizophrénie


Décrite il y a 100 ans, la schizophrénie demeure encore aujourd’hui l’une des maladies les plus mystérieuse, sévère et complexe de la psychiatrie. Elle se caractérise par un ensemble de symptômes qui persistent durant une période de plusieurs mois. Trois groupes de signes cliniques pas nécessairement présents de façon simultanée chez un même patient sont identifiés : des symptômes dits ‘positifs’ qui « s’ajoutent » aux perceptions ordinaires : il s’agit de perceptions sans objet appelées hallucinations auditives, olfactives, gustatives, visuelles ou cénesthésiques (une modification des sensations corporelles), ainsi que des idées délirantes de mégalomanie, de persécution, de transmission de la pensée, parfois très bizarres…. Vécus comme réels, ces symptômes sont souvent très angoissants, source de souffrance considérable et peuvent mettre en danger la personne ; des signes dits ‘négatifs’ qui s’expriment par la réduction de l’ensemble des activités : les personnes présentent une atténuation de leurs émotions (qui peut aller jusqu’à une indifférence affective) et ont du mal à avoir une vie sociale ; enfin, une série de symptômes qui reflètent la désorganisation de la pensée et du comportement qui a pour conséquences l’apparition d’un discours flou, parfois incompréhensible, voire incohérent et l’utilisation de termes étranges.

La schizophrénie touche environ 1% de la population, c’est une maladie chronique qui connaît des évolutions très variées selon les patients. Aujourd’hui, les soins, qu’ils soient médicamenteux ou psychothérapeutiques, permettent, pour près de la moitié des cas, une rémission satisfaisante et une réinsertion sociale totale ou partielle. L’observance des traitements, le rôle des interventions psychosociales et l’accompagnement des familles des malades sont des enjeux incontournables car les troubles débutent généralement à l’adolescence, peuvent durer toute la vie et nécessitent donc une prise en charge au long court. La maladie est souvent diagnostiquée avec retard. Son évolution se caractérise par des phases de rechutes de psychose aiguë dans les premières années, puis une stabilisation avec des symptômes résiduels, d’intensité variable selon les sujets. Des états dépressifs apparaissent souvent au cours d’un épisode aigu. Ils requièrent une prise en charge spécifique en raison du risque de suicide important pendant cette période. Sur la vie entière, 40% des personnes atteintes tentent de se suicider et 10 % de toutes les personnes souffrant de schizophrénie mettent fin à leurs jours. Facteur majeur de désocialisation et de précarité, l’espérance de vie des patients, qui souffrent de comorbidités somatiques importantes (diabète, maladies cardiovasculaires, …), est en moyenne de 10 ans inférieure à celle de la population générale.

Traitements - espoirs de la recherche :


En recherche, le modèle actuel sur l’origine de la schizophrénie repose sur l’interaction de plusieurs facteurs à la fois génétiques et environnementaux. L’avancée des travaux est essentielle pour identifier avec précision les facteurs de risque et favoriser ainsi une meilleure prévention.
Mieux comprendre les causes de l’hétérogénéité des formes cliniques de la schizophrénie, améliorer les outils diagnostiques et thérapeutiques, prédire l’évolution de la maladie et découvrir de nouvelles voies thérapeutiques… les enjeux de la recherche sont nombreux. De nombreuses disciplines scientifiques sont mobilisées autour d’une ambition : proposer des stratégies thérapeutiques sur-mesure, personnalisées en fonction du profil des patients.

Tout d’abord, la vulnérabilité génétique : de nombreux travaux qui ont tenté d’identifier les mutations génétiques en cause concluent à l’existence de différents« profils »,  cette piste restant à être approfondie.
Un autre enjeu majeur de la recherche est l’identification des facteurs de risque environnementaux (inflammatoires, infectieux, toxiques, migration…) par l’étude prospective de grandes populations. L’optimisation de ces travaux consiste à combiner ces 2 approches : s’intéresser plus spécifiquement à l’interaction entre facteurs génétiques et environnementaux dans le déclenchement et l’évolution de la maladie. Parmi les facteurs environnementaux, une piste consiste à porter une attention particulière aux stress précoces vécus in utero ou en période périnatale : l’étude des dysfonctionnements de la réponse immunitaire et inflammatoire pourraient participer à l’apparition et au développement de la maladie. Ces perturbations précoces dans la maturation du système nerveux central (liées aux stress précoces) pourraient être à l’origine des dysfonctionnements cérébraux observés, en particulier des altérations des connexions entre les neurones. Ces anomalies de connectivité auraient des conséquences au moment de l’adolescence (période charnière de remaniements cognitifs intenses et de chambardements hormonaux) et pourraient favoriser l’émergence de la maladie.
D’autres voies sont très prometteuses : celle des auto-anticorps (des anticorps produits par le sujet contre lui-même), présents chez 10 à 20% des patients souffrant de schizophrénie, et qui perturbent le fonctionnement de certains récepteurs neuronaux. Enfin le lien entre inflammation chronique et vieillissement précoce du cerveau représente aussi une piste intéressante pour expliquer chez certains malades un niveau intellectuel plus bas et des déficits cognitifs plus prononcés.